Se plaindre ou construire ? Je préfère construire.

Se plaindre ou construire ? Je préfère construire.

2020 est une année des plus complexes. Pandémie, contacts sociaux réduits et défis économiques colossaux. Toutefois, chaque crise recèle une opportunité. Comment transformer cette réalité sociale en ouverture et en solidarité ? Nous avons demandé à l’entrepreneur Hassan Al Hilou quelles seraient les couleurs qu’il apporterait au monde. « La priorité, après cette période difficile ? Les enfants et les jeunes. »

Hassan Al Hilou n’est pas né avec une cuillère en argent dans la bouche. Mais il sait transformer la diversité et son expérience de la pauvreté en atouts. Il a fondé sa première entreprise à quinze ans, et aujourd’hui, du haut de ses vingt ans, il est conseiller stratégique et orateur principal. « Ik ben Hassan, ondernemer van mijn eigen leven » (NDT : Je suis Hassan, entrepreneur de ma propre vie) est le titre de son livre paru cette année. Avec l’asbl CAPITAL, il veut aider des jeunes à déployer leurs ailes et prendre leur vie en main. L’asbl CAPITAL veut changer les choses pour les enfants et les jeunes. C’est la raison pour laquelle cette association réunit divers partenaires au sein d’une vaste infrastructure, pour y proposer du one-stop-source : les jeunes peuvent ainsi trouver toutes les facilités et toutes les opportunités sous un seul toit.

Que signifie le fait d’être ouvert, pour vous ?

Pour moi, être ouvert c’est être capable d’empathie. Pouvoir se mettre à la place des autres, mettre vos sentiments sur le côté pour établir un lien émotionnel. Je crois qu’il y a plus d’empathie maintenant qu’au cours des siècles passés. Cela est notamment lié à notre connexion digitale. Les générations précédentes écoutaient les histoires, aujourd’hui nous pouvons les voir. En ouvrant nos yeux et nos oreilles, nous pouvons plus facilement nous mettre à la place de l’autre. Aujourd’hui, un enfant ne doit plus s’imaginer la pauvreté, il en voit les images. Il y a donc une certaine ouverture, mais en tant que société nous pouvons toujours faire mieux.

Quelle est votre avis quant au partage d’histoires personnelles avec d’autres personnes ?

Sur le plan émotionnel, je suis très ouvert. Si j’apprécie quelqu’un, je lui montre, mais je suis également assez diplomate si ce n’est pas le cas. J’ai bien évidemment érigé mes propres murs pour me protéger. Depuis que j’ai fondé ma propre entreprise à quinze ans, les médias s’intéressent beaucoup à moi. C’est dans cet état d’esprit d’ouverture que j’ai dû créer ma propre sécurité. Peu de gens me connaissent vraiment bien. Avant que je ne partage ouvertement quelque chose, je me demande toujours si cela peut apporter une valeur ajoutée à quelqu’un d’autre. Est-ce que je peux inspirer, motiver ou secouer quelqu’un ? Si oui, alors cela vaut la peine. Pour mon livre, j’ai dû être ouvert. Il s’agit d’un récit personnel, dans lequel la douleur et la beauté jouent un rôle. J’espère qu’à la lecture d’un chapitre ou d’une page, les lecteurs ressentiront une sorte de contact.

Pour vous, dans quelles petites choses le bonheur se cache-t-il ?

Comme je le dis toujours, vis comme si tu allais mourir demain, travaille comme si tu avais la vie devant toi. Je vis ma vie à fond. Je ne veux pas aller me coucher avec un mal de tête ou de sombres pensées. Et ce pour une raison très simple : le pire, je l’ai déjà vu, enfant. J’essaie donc de me lever et d’aller me coucher avec des pensées positives. Cela peut commencer en savourant une crêpe au petit-déjeuner. Il y a bien évidemment des moments plus difficiles, mais il faut toujours chercher ce sourire que l’on a caché en soi. Les choses peuvent toujours être pires. Et puis, j’aime mon travail. Je me demande souvent : et si je devais faire ce travail pour le reste de ma vie, est-ce que cela me plairait ? Pour moi, il s’agit d’un paramètre essentiel et prioritaire. Aujourd’hui, la réponse à cette question est oui, j’adore travailler dans la société civile avec des jeunes. Il est bien évidemment normal d’être en recherche de soi dans un job ou dans les études. Les jeunes sont souvent influencés par ce qu’on leur propose ou leur environnement, alors qu’ils devraient vraiment s’accorder cette recherche, cette quête. Cette ouverture est importante pour trouver quelque chose que vous aimez et aimerez faire.

Qu’est-ce qui vous a aidé à tenir bon au cours de ces derniers mois ?

Cette année est très difficile, douloureuse. Des gens qui sont hospitalisés, qui perdent un être cher, qui perdent leur emploi, qui ne savent pas comment mener leurs études à domicile. J’ai eu une période où cette douleur m’est allée un peu trop loin, jusqu’à ce que quelqu’un me dise : « Hassan, la douleur est ce sur quoi tu te concentres de manière maximale. Concentre-toi sur un minimum de positivité. » Aujourd’hui je recherche de petits bonheurs dans la grandeur. Voir qu’un jeune de 18 ans du quartier donne des cours de mathématiques aux autres jeunes, cela me donne du courage. J’aime voir que des jeunes s’occupent des enfants du personnel soignant. Hélas, la jeunesse est souvent évoquée de manière négative dans les infos. Souvent, on parle à la place des jeunes. Et là, vous avez le choix : vous plaindre ou créer vous-même cette image positive. Vous pouvez vous plaindre ou construire. Personnellement, je préfère construire. Et je trouve que l’humour est quelque chose de primordial. Oser rire, et rire à gorge déployée. Cela fait tellement de bien.

Pour quelles personnes avez-vous particulièrement de l’admiration ?

Pour toutes les personnes qui agissent dans la société. Pour chaque individu qui ne reste pas là à rien faire ou à se plaindre, mais qui construit, bouge, réfléchit, lance des initiatives ou donne des conseils. Ces personnes ont toute mon admiration. Elles font la différence en ces temps mouvementés.

Imaginons qu’après la crise sanitaire, on vous donne carte blanche. Comment refaçonneriez-vous le monde ?

Ma priorité, ce sont les enfants et les jeunes. Je suis d’origine irakienne, j’ai grandi avec des images et des récits de guerre et de désespoir. Nous sous-estimons souvent l’impact de tout cela sur le développement et la croissance des enfants. Nous sommes pour le moment en guerre contre un ennemi invisible. Au terme de cette restriction de nos libertés et de nos contacts sociaux, nos plus jeunes citoyens devront être au centre de nos préoccupations. Ils doivent tirer quelque chose de cette expérience traumatisante. Et cela ne sera possible qu’en y travaillant ensemble. Il y a tant d’espaces vides, et tant de gens qui manquent d’espace. Avec l’asbl CAPITAL, nous voulons combler ce fossé, et accorder une place centrale à la cocréation. Seules, les asbl, les entreprises et les autorités ne trouveront pas les solutions aux défis structurels. Ensemble, nous sommes plus forts, au propre comme au figuré.

Quelle est votre résolution pour être aussi ouvert que possible à l’avenir ?

J’ai un nouveau mandat social à Bruxelles, et je veux que notre projet soit accessible à autant de gens que possible. Pour avoir de l’impact, il est crucial d’être transparent, digne de confiance. C’est difficile, mais pas impossible.

Si vous avez vu le nouveau spot de Coca-Cola avec Dvtch Norris, vous savez qu’ensemble, nous pouvons sortir plus forts de cette période difficile. Aujourd’hui, il est important de s’arrêter sur les petites choses de tous les jours devenues si particulières, et que nous pouvons envisager autrement pour l’avenir. Dans cette optique, nous avons demandé à Hassan Al Hilou comment il percevait cette nouvelle normalité. Découvrez toutes les informations à ce sujet sur le site de Coca-Cola.

Il s’agit du cinquième et dernier article d’une série de cinq sur le thème de l’ouverture. Vous lirez ici comment Fabrice Lamproye, l’organisateur du festival Les Ardentes, garde espoir, comment Alban et Yvan Murenzi, du groupe YellowStraps, ont utilisé le confinement pour leur nouvelle initiative ‘Yellockdown Project’, comment Maureen O’Sullivan, Senior Manager Public Affairs & Sustainability chez Coca-Cola, réunit les gens en les écoutant et comment le publicitaire Marc Fauconnier a réussi grâce à son attitude ouverte.

Crédit photo : Nadia El Makhfi